Cyber-harcèlement : Quand les mots sont plus forts que les poings

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Un écran, des mots, de la haine. Un acharnement virtuel pour une douleur réelle. On parle ici de cyber-harcèlement

Insulter, moquer, ridiculiser une personne sur la toile, c’est devenu courant, banal. 40 % des élèves déclarent avoir subi une agression en ligne. 12.5 % des adolescent Français disent avoir déjà été cyber-harcelé via les réseaux sociaux. Entre 3 et 4 adolescent victime de cyber-harcèlement se suicide en France chaque année. Omniprésent, ce parasite vit à travers les nombreux réseaux sociaux. Sa force ? L’anonymat, la distance physique avec la victime qui aide le bourreau à ne pas avoir d’empathie pour la victime, son caractère permanent et enfin, sa force est cette diffusion massive qui cause une humiliation aux yeux de tous … C’est un véritable virus, agressif pour certains, fatal pour d’autres.

L’engrenage peut aller très vite. Tout peut basculer du jour au lendemain, en une phrase, une photo ou une vidéo postée. Un commentaire, puis un autre, puis une dizaine et rien ne s’arrête « Marion t’es moche », « t’es ridicule », « t’es une salope ». Assise sur sa chaise, face à son ordinateur, Marion se prend une claque à chaque commentaire. Ça va de Tom75, le petit caïd de sa classe, à Metallica00, un parfait inconnu. C’est assise sur sa chaise que Marion se noie sous une vague déferlante de haine et d’injures. Marion a mal au ventre, elle tremble, elle ne comprend pas, elle pleure. Marion se dit qu’elle devrait retirer la vidéo, mais elle ne le fait pas. Le lendemain s’annonce être comme le début de la fin. Elle arrive en classe, un peu en retard. Son arrivée provoque une vague de rires. Elle ne comprend pas. Ses copines assises au fond de la salle, ne la regarde pas. Qu’est ce qu’il se passe … Cette journée fut la plus longue de sa vie. Bousculée, insultée, humiliée, Marion se cache dans les toilettes. Elle n’a pas le courage de rester pour la dernière heure. « Allo Maman, tu peux venir me chercher, ne t’inquiètes pas, j’ai juste un peu mal au ventre ».

Avant d’aller dormir, Marion décide de supprimer la vidéo, tout ira sûrement mieux demain. Dring dring dring ! La sonnerie incessante de son portable la réveille. Son cœur se serre, son ventre se noue. Des dizaines d’alertes internet : sa vidéo a été repostée, sur tous les réseaux sociaux. L’écran défile, ses yeux survolent des mots impensables, des méchancetés invraisemblables, et ça fait mal, bien trop mal. Marion ne va pas à l’école. Marion se dit qu’elle devrait supprimer ses comptes sur les réseaux mais elle ne le fait pas. Elle se dit qu’elle devrait arrêter de lire ses horreurs, mais elle continue. Marion pleure, elle ne s’arrête pas. Marion sèche ses larmes et descend dîner avec ses parents. Marion sourit car, oui maman, tout va bien. Marion retourne dans sa chambre et s’effondre. Elle tente de trouver du réconfort, appelle ses amis, messagerie. Marion est seule dans sa chambre toute rose, face à des milliers de démons virtuels. Elle ne se défend pas car, elle en est consciente, c’est peine perdue. Elle ne se défend pas car elle n’a rien fait de mal .. Enfin, elle ne savait pas que se filmer en train de chanter c’était mal, parce que Marion, elle adore chanter.

Marion est triste, malade, renfermée. Maintenant trois mois qu’elle est plus seule que jamais. Ses notes baisses, les absences se multiplient, elle oublie même de manger. Ses parents crient un peu, mais bon, Marion a 14 ans, elle doit vivre un petit chagrin d’amour, rien de plus. Marion ne trouvent plus d’intérêt à se lever le matin, n’a plus le goût des choses, n’ose même plus se regarder dans le miroir. Marion appelle à l’aide mais personne n’entend. Marion crie, tout bas. Papa, maman, je vous jure tout va bien, c’est rien ; À quoi bon leur en parler, ils ne comprendraient pas. Marion se lève. Aujourd’hui elle se sent différente. Elle réalise deux choses : que la douleur est devenue insupportable et que le combat est perdu d’avance. Marion se rappelle de sa vie d’avant, elle sourit. Marion allume son ordinateur et fait sa dernière recherche sur le net.

Il est 10h42, Marion décide de quitter ce monde, elle a 14 ans.

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