Pourquoi regarde t-on (encore) la télé-réalité ?

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Voilà 17 ans que la télé-réalité nous met dans une position de surveillant. Mais pourquoi accepte-t-on ce rôle ? Curiosité, sadisme, pouvoir, que nous procure ce spectacle ?

La télé-réalité c’est quoi ? Une boîte, des candidats dans la boîte, et des gens qui regardent ce qui se passe dans la boîte. Mais qui sont ces spectateurs ? Des voyeurs ? Eh bien, c’est plus compliqué que ça. Si on sort notre bouquin de psychanalyse, on comprend vite que de voyeurisme il n’est pas vraiment question. Ce comportement est une position dans laquelle celui qui regarde prend plaisir à observer à son insu celui qui est regardé. Une forme d’exhibitionnisme qui procure une excitation sexuelle à celui qui veille. Sympa. Mais donc, c’est là que ça coince. Dans le cadre de la télé réalité, les participants sont pleinement conscients d’être épiés par des millions de téléspectateurs. Alors si le terme voyeur ne colle pas, qu’est-ce qui colle ? C’est ce qu’on a demandé à Nathalie Nadaud-Albertini, spécialiste de la télé-réalité qui a écrit 12 ans de télé-réalité… au-delà des critiques morales. Pour cette sociologue, les spectateurs sont plus des “curieux qui aiment voir comment les gens agissent. En regardant la télé-réalité, ils répondent à cette question : comment les gens vivent ou répondre face à telle ou telle situation. Ils surveillent.”

 

SADIQUE, MOI ?

Alors que cherche le surveillant ? Qu’est-ce qui le régale ? Il cherche des histoires d’amour, mais surtout des ruptures, et des amitiés : de préférences, des inimitiés. Soyons honnête, quand ça se passe mal, on aime. Et c’est prouvé. Ils sont près de 1.206000 en moyenne par jour en pic d’audience. Chacun de ces ingrédients propulsent les audiences. Mais prendre du plaisir à voir les gens souffrir, ça a un nom : le sadisme. Pourquoi être sadique et vouloir voir des gens souffrir ? Tout simplement car cela nous donne confiance en nous. C’est là qu’entre en jeu cette idée de “sadisme”. “Le malheur des uns fait le bonheur des autres”, dit-on. Selon Stephen Dehoul, psychologue spécialiste des médias, “la télé-réalité est une forme de catharsis, un moyen de vivre des passions et pulsions violentes réprimées à travers les candidats. La regarder est un exutoire, un moyen de vivre par procuration des drames”. Mais est-ce que les surveillants culpabilisent de préférer la zizanie au calme ? Non. Selon Nathalie Nadaud-Albertini, “la télé-réalité, c’est des drames, des pleurs et des cris, un peu comme une série de fiction. C’est pourquoi les téléspectateurs se persuadent que c’est une fiction. Ils se convainquent que tout est joué, surjoué, scénarisé, mais au fond, ce n’est qu’une façon de se décharger de la responsabilité de se dire que ce sont des vraies personnes filmées, et qu’au final, on aime voir de réelles personnes souffrir.” Au fond, regarder la télé-réalité c’est épier des gens se dépatouiller dans des situations qui nous feraient horreur si on les vivait. Se confronter à ce type de spectacle permet aux téléspectateurs de savourer par comparaison le confort de leur propre vie. La télé-réalité l’a compris, et s’en sert. C’est pourquoi elle accroît cette satisfaction en leur permettant d’agir sur ce qu’ils voient à l’écran de façon à rendre la situation des participants aussi difficile et inconfortable que possible.

 

QU’ON LUI COUPE LA TÊTE !

Le surveillant a du pouvoir, et il aime ça. Le concept de télé-réalité est né avec le vote du public. Face à des candidats qui subissent des décisions arbitraires des spectateurs, de leur camarades de jeux ou de l’équipe de production, le public semble prendre plaisir à voir le candidat souffrir. Dès Loft Story ( M6, 2001), le public choisit le candidat qu’il veut voir sortir de l’aventure au travers d’un vote. Ce pouvoir, cette emprise qu’il a sur un autre être humain motive son attention à ces programmes. Mais pourquoi ? Stephen Dehoul nous explique : “Le pouvoir d’éliminer quelqu’un par le vote est l’expression d’une pulsion agressive réprimée. Un moyen d’éxulter les frustrations et colères enfouies du téléspectateur.”

Mais depuis quelques années, le principe du vote s’est essoufflée : payer des SMS surtaxés pour sauver son candidat préféré, l’idée a pris un coup de vieux. Dans d’autres émissions à succès telles que Les Anges de la télé réalité (NRJ 12), Moundir et les apprentis aventuriers(W9) ou encore Les marseillais (W9), c’est la réputation du candidat qui lui confère une place ou non au sein du programme. Alors si le vote n’existe plus, il prend une nouvelle forme, bien plus violente. Il prend corps sur les réseaux sociaux. “Le lynchage a remplacé le vote. Aujourd’hui, la sentence se rend sur les réseaux sociaux, où l’on déverse haine et jugements.” précise Nathalie Nadaud-Albertini. Le surveillant a pouvoir de vie ou de mort sur la réputation des candidats et leur vie d’après. “Le téléspectateur peut exister sans le candidat mais l’inverse n’existe pas. Finalement, même un candidat avec une très bonne notoriété, dépend du téléspectateur.” poursuit-elle. Le surveillant, lui, éteint la télé et reprend sa propre vie, dont il est maître. Le bouffon a besoin du roi pour vivre, mais le roi, lui, n’a besoin de ce dernier que pour se divertir.

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